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Prédateurs

Souris et rongeurs

Gravité : Modérée Automne et hiver ; cadres stockés toute l'annéeRelecture en cours
Repère thématique

L’essentiel

  • Mulots et souris entrent à l'automne, quand la grappe se resserre et ne défend plus les cadres de rive.
  • Les musaraignes, insectivores, ne rongent pas la cire : elles mangent les abeilles engourdies.
  • Une grille d'entrée posée avant les premiers froids, sur une ruche vide de tout intrus, règle l'essentiel.
  • Les cadres stockés doivent être rangés dans un local ou des piles fermés aux rongeurs.
  • Pas d'appâts empoisonnés au rucher : ils tuent aussi rapaces, renards et animaux domestiques.

Une ruche en hiver offre à un petit mammifère tout ce qu’il cherche : un abri sec, une chaleur relative, de la cire pour faire un nid, du miel, du pollen et des abeilles à manger. Tant que la colonie est active, les gardiennes repoussent la plupart des intrus. Mais dès que la grappe se resserre au centre du corps de ruche, les cadres de rive et le plancher ne sont plus défendus2.

Les souris ne sont pas une maladie, et elles tuent rarement une colonie forte à elles seules. Elles causent pourtant des dégâts réels et faciles à éviter : cadres rongés, réserves souillées, grappe dérangée en plein froid.

Les animaux en cause

Les rongeurs : mulots et souris

En Europe, le mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus) est un visiteur fréquent des ruchers situés en campagne, en lisière ou près des haies. La souris domestique (Mus musculus) fréquente plutôt les bâtiments : on la retrouve surtout dans les mielleries, les granges et les locaux où sont stockés hausses et cadres. Ces petits rongeurs passent par des trous étonnamment petits : une fiche technique sur les rongeurs indique que la souris domestique se faufile par des ouvertures de plus de 6 mm de diamètre3.

Une fois entré, le rongeur construit un nid de cire mâchée, d’herbe et de feuilles, généralement dans un angle du plancher, à l’écart de la grappe.

Les musaraignes : des insectivores, pas des rongeurs

Les musaraignes (genres Sorex, Crocidura…) ressemblent à de petites souris au museau pointu, mais ce sont des insectivores. Elles ne rongent pas les rayons : elles mangent les abeilles. Au Canada, l’inspection apicole du Nouveau-Brunswick décrit la musaraigne pygmée (Sorex minutus) comme une menace sous-estimée des colonies en hivernage : l’animal, qui pèse environ 3 g et mange chaque jour plus que son poids, saisit une abeille engourdie au bord de la grappe, l’emporte à l’écart et la vide, en arrachant la tête ou en perçant le thorax4. La même source recommande, contre elles, une entrée d’hiver d’environ 6 mm. L’importance de ce problème en Europe est moins documentée ; mieux vaut rester prudent sur son ampleur.

Quand et pourquoi ils entrent

Les intrusions commencent à l’automne, avec la baisse des températures, et se poursuivent tout l’hiver. Le moment critique est celui où la colonie forme sa grappe : les abeilles ne patrouillent plus le plancher, et un rongeur peut s’installer sans être piqué. Les grandes entrées, les planchers abîmés, les couvre-cadres mal ajustés et les ruchettes à large trou de vol facilitent l’entrée7.

Les dégâts

  • Cadres détruits. Les rongeurs découpent les rayons, souvent sur les cadres de rive et le bas des cadres, pour faire leur nid. Les bois peuvent être rongés aussi2.
  • Réserves souillées. Urine et déjections contaminent cire, miel et pollen ; les cadres atteints doivent être nettoyés ou fondus1.
  • Grappe dérangée. Les allées et venues obligent la colonie à consommer davantage. Une publication de vulgarisation américaine associe la présence de souris à davantage de dysenterie et de mortalité2.
  • Perte de colonies faibles. Un apiculteur britannique rapporte la destruction complète d’une ruchette forte, occupée par une famille de souris pendant quelques semaines d’hiver7.
  • Abeilles mangées. Dans le cas des musaraignes, c’est la population de la grappe elle-même qui diminue4.

Reconnaître leur présence

  • Débris de cire grossièrement rongée, mêlés de brindilles, d’herbe ou de feuilles, sur le plateau ou devant l’entrée.
  • Nid compact dans un angle du plancher.
  • Odeur forte d’urine à l’ouverture7, crottes noires.
  • Rayons découpés, en particulier sur les cadres extérieurs.
  • Petits tas d’ailes, de pattes et de fragments d’abdomen, abeilles sans tête ou au thorax percé : signature des musaraignes4.
Photo à fournir — Plateau de ruche en sortie d'hiver avec débris de cire rongée, herbe sèche et nid de souris dans un angle.

Ne pas confondre

Observation Rongeur Autre cause possible
Débris de cire sur le plateau Morceaux grossiers, mêlés de végétaux, nid Fine « sciure » de désoperculation normale de l’hiver
Rayons détruits Découpes nettes, crottes Galeries soyeuses et cocons : fausse teigne
Abeilles mortes en tas Têtes ou thorax manquants Abeilles entières : mortalité hivernale
Trou dans la paroi de la ruche Ruche rongée de l’intérieur Trou percé de l’extérieur : pic

Le pic, l’autre prédateur de l’hiver

Certains pics s’attaquent aux ruches, surtout par grand froid. En Grande-Bretagne, le pic vert (Picus viridis) est connu pour percer les parois des corps de ruche, au niveau des têtes de cadres, quand les températures restent longtemps sous zéro ; ce comportement semble appris et varie d’une région à l’autre6. Dans une étude menée en Allemagne sur des colonies sauvages logées dans des cavités d’arbres, plusieurs espèces de pics (pic cendré, pic vert, pic épeiche, pic mar) ont été filmées en train de picorer les rayons5.

Les protections courantes sont un grillage tendu sur des piquets autour de la ruche, ou une bâche plastique fixée sur les flancs du corps, qui empêche l’oiseau de s’agripper6.

Photo à fournir — Corps de ruche percé par un pic vert au niveau des têtes de cadres, après une période de gel.

Diagnostic

Le diagnostic est visuel. En hiver, on regarde le devant de la ruche et, si le plancher est grillagé avec un lange, le contenu du lange. À la première visite de printemps, on soulève les cadres de rive et on examine le plateau. Une ruche morte doit être autopsiée avant d’accuser les rongeurs : leur présence est souvent la conséquence de la mort de la colonie, pas sa cause.

Réglementation

Les dégâts de rongeurs ne relèvent d’aucune déclaration sanitaire en France. Les rodenticides sont des produits biocides dont l’usage est encadré ; les règles d’accès et d’emploi varient selon les pays.

Prévention

  1. Poser une grille ou une portière d’entrée avant les premiers froids. Les bulletins sanitaires apicoles la rappellent chaque automne9. Une hauteur de passage d’environ 7 mm est souvent citée ; les portières du commerce proposent des passages de cet ordre (jusqu’à 8,5 mm selon les modèles), et les guides nord-américains recommandent des ouvertures d’environ 9,5 mm11. Les souris passant par des trous de plus de 6 mm3, il n’existe pas de cote universelle. Plus l’ouverture est basse, plus elle exclut aussi les jeunes souris et les musaraignes, mais plus elle risque de se boucher d’abeilles mortes.
  2. Vérifier que la ruche est vide d’intrus avant de fermer : une grille posée trop tard enferme le rongeur à l’intérieur8.
  3. Supprimer les autres passages : plancher abîmé, couvre-cadres mal ajusté, trous de nourrisseur, coins rongés.
  4. Surélever les ruches et faucher l’herbe autour, pour limiter les abris.
  5. Utiliser le réducteur d’entrée de la ruche s’il est bien conçu ; certains planchers réversibles intègrent une position hiver qui ne laisse passer que les abeilles8.

Protéger les cadres stockés

Hors saison, les hausses et cadres bâtis attirent les rongeurs autant que les ruches. Il est courant de les empiler sur une plaque pleine, avec un couvercle bien ajusté, ou de les ranger dans un local dont portes et passages de câbles sont étanches. Cette organisation doit rester compatible avec la lutte contre la fausse teigne et avec les règles de désinfection du matériel.

Pourquoi éviter les appâts empoisonnés

Les anticoagulants utilisés comme rodenticides intoxiquent aussi des animaux non visés : rapaces, mammifères carnivores, chiens et chats, soit en consommant l’appât, soit en mangeant un rongeur empoisonné. Une revue mondiale documente ces intoxications secondaires chez de nombreux mammifères et oiseaux10. Une barrière physique bien posée rend le poison inutile.

En pratique : ce que font les apiculteurs

Le problème des rongeurs se règle surtout par l'organisation : poser les bonnes protections au bon moment, et les retirer à temps.

Le calendrier

  • Fin d’été ou début d’automne : la plupart des apiculteurs posent les grilles en même temps que la mise en hivernage, avant les premières gelées.
  • En hiver : un coup d’œil à chaque passage au rucher pour vérifier que les grilles sont en place et non bouchées par des abeilles mortes.
  • Au printemps : les grilles sont retirées ou élargies quand l’activité de butinage reprend nettement, pour ne pas gêner les rentrées de pollen.

Le contrôle de sortie d’hiver

  • Regarder le plateau : débris de cire grossiers, végétaux, crottes.
  • Soulever les cadres de rive et sentir l’odeur à l’ouverture.
  • Retirer le nid et les cadres souillés ; nettoyer ou remplacer le plancher si nécessaire.
  • Noter les ruches touchées pour revoir leur fermeture l’automne suivant.

Le matériel

  • Grilles ou portières métalliques, avec pointes ou punaises pour les fixer.
  • Réducteurs d’entrée et planchers en bon état.
  • Grillage ou bâche pour les ruchers exposés aux pics.
  • Couvercles et plaques pleines pour les piles de cadres stockés.

La check-list

  1. Ruche inspectée, aucun intrus avant la pose.
  2. Grille fixée, aucun autre passage.
  3. Herbe fauchée autour des ruches.
  4. Cadres stockés dans des piles fermées.
  5. Contrôle du plateau à la première visite de printemps.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Poser la grille trop tard, avec une souris déjà installée.
  • Oublier les ruchettes, souvent les plus vulnérables avec leur grande entrée.
  • Laisser des grilles bouchées par des cadavres d’abeilles en fin d’hiver.
  • Laisser les grilles trop longtemps au printemps.
  • Stocker les hausses ouvertes dans un local fréquenté par les souris.
  • Mettre du poison au rucher ou dans la miellerie, sans mesurer le risque pour la faune.

Questions fréquentes

Une souris peut-elle tuer une colonie ? Une colonie forte et bien fermée s’en sort en général avec des cadres abîmés. Mais une famille de souris installée plusieurs semaines peut détruire une colonie, surtout en ruchette7.

Les cadres rongés sont-ils récupérables ? Un cadre peu abîmé et non souillé peut être réparé par les abeilles. S’il est imprégné d’urine ou de déjections, mieux vaut le fondre.

Les musaraignes sont-elles arrêtées par les grilles ? Pas toujours : ce sont des animaux plus petits que les souris. Là où elles posent problème, une entrée d’hiver plus basse, d’environ 6 mm, est conseillée4.

Références

  1. FAO, IZSLT, Apimondia, CAAS (2021). Bonnes pratiques apicoles pour une apiculture durable. FAO, Lignes directrices Production et santé animales n° 25.
  2. Brummel C., Kittle S., Lynch-O'Brien L., Weller S., Wu-Smart J. (2024). How to Build an All-Season Mouse Guard for Langstroth Honey Bee Hives. NebGuide G2361, Nebraska Extension, University of Nebraska-Lincoln. extensionpubs.unl.edu
  3. English Heritage. Pest Fact File No 15 : Rodents. english-heritage.org.uk
  4. Vita Bee Health. News of the shrews (témoignage de F. Colpitts, inspecteur apicole en chef du Nouveau-Brunswick). vita-europe.com
  5. Kohl P.L., Rutschmann B., Sikora L., Wimmer N., Zahner V., D'Alvise P., Hasselmann M., Steffan-Dewenter I. (2023). Parasites, depredators, and limited resources as potential drivers of winter mortality of feral honeybee colonies in German forests. Oecologia 202 : 465-480. doi.org
  6. The Apiarist (2014, mis à jour 2024). Woodpeckers. theapiarist.org
  7. The Apiarist (2016). Mouseguard. theapiarist.org
  8. Fert G. (2022). Visite de contrôle d'un rucher en automne. Abeilles & Fleurs n° 852. apiservices.biz
  9. Bulletin régional de la santé de l'abeille, Bretagne, n° 7 (octobre 2025). DRAAF Bretagne et partenaires. draaf.bretagne.agriculture.gouv.fr
  10. Nakayama S.M.M., Morita A., Ikenaka Y., Mizukawa H., Ishizuka M. (2019). A review : poisoning by anticoagulant rodenticides in non-target animals globally. Journal of Veterinary Medical Science 81(2) : 298-313. doi.org
  11. Carolina Honeybees. Why do beekeepers need mouse guards ? carolinahoneybees.com

Mise à jour : 8 octobre 2026
Rédaction : Rédaction Apisanitas
Relecture : Relecture en cours